À l’occasion du Salon du Végétal à Angers, l’AJJH a réuni Emmanuel Vautier, Catherine Amsterdam, Karin Maucotel, Sylvie Ligny et Sylvie Hamel pour interroger la place des plantes dans les médias.
Le 16 septembre, à Angers, l’Association des journalistes du jardin et de l’horticulture a organisé une table ronde au Salon du Végétal. Rédactions sous-staffées, greenwashing, incarnation des journalistes, modèle économique en crise : les intervenants ont dressé un état des lieux.
Un prix pour rajeunir la presse verte
La discussion s’ouvre sur un constat. Le lectorat et les journalistes de la presse spécialisée vieillissent. Pour y remédier, l’AJJH a lancé en 2025 un prix du journalisme végétal, ouvert à la fois aux écoles de journalisme et aux écoles de paysagistes concepteurs. L’objectif est double : attirer de jeunes journalistes vers ces sujets, et donner aux futurs professionnels du paysage les moyens d’en parler autrement. Cette année, six finalistes se sont distingués, issus de trois écoles de journalisme et de trois écoles de paysage. La remise du prix aura lieu le 25 septembre à Paris.


Sylvie Ligny, journaliste et autrice, membre de l’AJJH, insiste sur l’enjeu de fond. Pour elle, il s’agit de sortir le végétal du seul « loisir du dimanche » et de décloisonner le sujet dans les médias généralistes, radio et télévision comprises.
Le jardin, bien plus qu’un loisir du dimanche
Plusieurs intervenants soulignent que le végétal a changé de statut. Il touche désormais à la santé publique, au climat, au sport ou au bâtiment autant qu’à l’alimentation et à la politique. Emmanuel Vautier, rédacteur en chef du Courrier de l’Ouest, note que les terrains de football desséchés par la sécheresse ont retardé des reprises de saison. Karin Maucotel, rédactrice en chef de Terre de jardins chez Ouest-France, va dans le même sens : « apprendre à cultiver son jardin, c’est apprendre à bien manger aussi », un enjeu qui dépasse, selon elle, le seul plaisir esthétique.
Un chiffre illustre l’appétit du public : certaines applications de reconnaissance des plantes ont atteint 100 millions de téléchargements dans le monde. Cependant, cet engouement reste superficiel. Karin Maucotel le regrette : on identifie une plante en un instant, mais on n’exerce pas sa mémoire. La mission des médias serait donc de transformer cette curiosité en savoir durable.

Les rédactions à la traîne, le lien générationnel à retisser
Emmanuel Vautier revient sur un manque structurel : les rédactions ne sont pas assez formées sur ces sujets, et le carnet d’adresses reste à construire. En parallèle, plusieurs intervenants pointent une rupture de transmission. « Ça a sauté une génération au moins », résume Catherine Amsterdam, dirigeante de l’agence Amsterdam Communication, attachée de presse spécialisée dans le jardin et la maison, basée à La Flèche depuis près de vingt ans. Les gestes simples du jardinage, hérités des grands-parents, se sont perdus.
Le journal papier pourrait justement jouer ce rôle de passerelle. Le Courrier de l’Ouest, souvent perçu comme le titre des grands-parents, cherche ainsi à intéresser un lectorat plus jeune par le biais du végétal, sujet transversal entre générations.
Greenwashing et tentation de l’incarnation
Catherine Amsterdam défend aussi le travail des entreprises du secteur, rappelant qu’une loi européenne de 2025 impose désormais aux entreprises une transparence accrue sur leurs actions environnementales. Elle regrette néanmoins une confusion fréquente entre marketing et information. C’est précisément ce risque de greenwashing que les rédactions doivent apprendre à repérer, avec l’appui ponctuel d’associations spécialisées, sans pour autant perdre leur indépendance.
Autre débat, plus interne à la profession : faut-il que le journaliste s’incarne, à l’image des créateurs de contenu comme Hugo Décrypte ou Blast ? Certains y voient une évolution nécessaire des usages. D’autres, plus attachés à la distance journalistique classique, s’en défendent. « Le journalisme pour moi, ce n’est pas se mettre en avant, c’est témoigner de réalité », rappelle Emmanuel Vautier.
L’arbre qui cache la crise économique
Le modèle économique de la presse traverse, lui aussi, une zone de turbulence. La baisse des recettes publicitaires pousse les groupes de presse régionale vers la diversification, notamment l’événementiel, à l’image des salons emploi organisés localement par Actu.fr. Emmanuel Vautier insiste par ailleurs sur un principe : garder un prix de journal accessible, autour de 1,50 euro, pour rester un média populaire plutôt qu’élitiste.
Un exemple de récit venu de Nantes illustre bien la complexité du sujet. La politique de végétalisation urbaine portée par Johanna Rolland a revitalisé des cours d’école, avec un accueil globalement positif. En revanche, certaines places végétalisées ont posé de nouvelles difficultés aux forces de l’ordre, la densité des arbres réduisant la portée des caméras de vidéosurveillance sur d’anciens points de deal. Un exemple, selon les intervenants, de sujet à raconter avec toutes ses nuances, loin d’un discours univoque sur la nature en ville. Mais aussi une autre façon d’entrer dans le fait divers concernant les points de deal.


Le papier n’est pas mort
La table ronde se referme sur une note optimiste. “L’Auxiliaire du jardin”, lancé trois mois plus tôt par Karine et vendu 1,50 euro, est un exemple de la résistance du papier. Ainsi, malgré la révolution numérique, le format imprimé garde sa place, et doit trouver celle à faire au végétal.
Table ronde « Végétal + Journalisme = futur. Comment les plantes nourrissent l’info ? », organisée par l’AJJH le 16 septembre au Salon du Végétal, Angers, avec Emmanuel Vautier (Courrier de l’Ouest), Catherine Amsterdam (Amsterdam Communication), Karin Maucotel (Terre de jardins, Ouest-France), Sylvie Ligny et Sylvie Hamel (AJJH). Propos recueillis et retranscrits à partir de l’enregistrement audio de la table ronde.